Qui est Sue Johnson ?
Sue Johnson est née en 1947 à Chatham, dans le Kent, en Angleterre. Elle racontait avoir grandi dans le pub tenu par ses parents, à regarder les gens s’aimer, se disputer et se réconcilier au comptoir. Partie au Canada, elle soutient en 1984 un doctorat en psychologie du counseling à l’université de Colombie-Britannique. C’est là, avec le psychologue Les Greenberg, qu’elle met au point dans les années 1980 la thérapie centrée sur les émotions, l’EFT (Emotionally Focused Therapy), d’abord pensée pour les couples.
Professeure à l’université d’Ottawa, puis professeure émérite, elle fonde à Ottawa l’ICEEFT, le centre international qui forme aujourd’hui des thérapeutes EFT dans le monde entier. Elle est nommée membre de l’Ordre du Canada en 2016. Elle est morte le 23 avril 2024 à Victoria, en Colombie-Britannique, à 76 ans.
Pourquoi son travail compte pour ton couple ? Parce qu’elle a été parmi les premières à prendre au sérieux une idée simple : un adulte a besoin d’un lien sûr autant qu’un enfant. Quand ce lien vacille, on ne « communique pas mal », on panique. Toute sa méthode découle de là, et c’est ce qui la rend lisible même sans thérapeute.
L’idée centrale
Pour Sue Johnson, la plupart des disputes de couple ne portent pas sur la vaisselle, l’argent ou les beaux-parents. Elles portent sur une seule question, jamais posée à voix haute : « Est-ce que je compte pour toi ? Est-ce que tu seras là si j’ai besoin ? » Elle emprunte cette lecture à John Bowlby et à la théorie de l’attachement, qu’elle transpose au couple adulte : ton ou ta partenaire est ta base de sécurité, et la peur de la perdre déclenche des réactions de survie, attaquer ou se fermer.
La conséquence pratique est énorme. Si le problème est la déconnexion émotionnelle, la solution n’est pas d’apprendre des techniques de négociation. C’est de rendre les émotions de fond dicibles, et d’apprendre à y répondre. Une relation va bien quand chacun peut tendre la main et trouver l’autre. Tout le reste, selon elle, en découle.
Les concepts clés
Le cycle négatif, ou « la danse »
Chaque couple en détresse répète la même chorégraphie. L’un proteste, critique, insiste ; l’autre se ferme, minimise, s’éloigne. Plus l’un pousse, plus l’autre recule, et plus l’autre recule, plus l’un pousse. Sue Johnson appelle ça le cycle négatif et en décrit trois versions dans Serre-moi fort : chercher le coupable, la « polka de la protestation », et se figer puis fuir. Le premier pas de la thérapie consiste à nommer la danse comme l’ennemi commun, plutôt que de désigner l’autre.
Les émotions primaires sous les émotions secondaires
La colère, l’agacement, le froid que tu montres sont des émotions secondaires. Dessous, il y a presque toujours une émotion primaire, plus vulnérable : la peur d’être abandonné, la honte de ne pas être à la hauteur, la tristesse d’être seul à deux. L’EFT ralentit l’échange pour aller chercher ce niveau-là, parce que c’est le seul qui fait bouger l’autre. Un reproche fait reculer ; une peur avouée fait approcher.
A.R.E. : accessible, réactif, engagé
Sue Johnson résume la sécurité du lien en trois questions. Es-tu accessible (je peux te joindre quand j’ai besoin) ? Es-tu réactif (tu réponds à ce que je ressens, pas seulement à ce que je dis) ? Es-tu engagé (je sens que tu tiens à moi et que tu restes) ? En anglais, ça donne l’acronyme A.R.E., qui se lit comme la question « Are you there for me? ». Pour elle, c’est la vraie mesure d’un couple.
Les sept conversations de Serre-moi fort
Le livre grand public de 2008 traduit la thérapie en sept conversations à mener chez soi : reconnaître la danse, trouver les points sensibles, revisiter une dispute, la conversation « serre-moi fort » proprement dite, pardonner les blessures, renouer par le corps et le sexe, et entretenir le lien au quotidien. La conversation centrale consiste à dire, sans reproche, ce dont tu as peur et ce dont tu as besoin, et à laisser l’autre répondre.
L’adoucissement
Le moment charnière d’une EFT réussie porte un nom technique, le blamer softening, l’adoucissement de celui ou celle qui accuse. C’est l’instant où le partenaire critique cesse d’attaquer et demande, depuis sa vulnérabilité, à être rassuré, et où le partenaire fermé se tourne vers lui au lieu de se protéger. Les études de processus montrent que c’est cet événement précis qui va avec les meilleurs résultats.
Ce que dit la recherche
L’EFT est l’une des approches de couple les plus étudiées. Sue Johnson et Les Greenberg publient dès 1985 un premier essai comparant l’EFT à une thérapie de résolution de problèmes. Puis les études s’accumulent, souvent menées par l’équipe d’Ottawa elle-même, et plusieurs synthèses en font le bilan.
- La méta-analyse de 1999 (Johnson, Hunsley, Greenberg et Schindler) regroupe les quatre essais les plus rigoureux de l’époque et calcule une taille d’effet de 1,3, l’une des plus élevées jamais mesurées pour une thérapie de couple.
- L’étude en IRM de 2013 (avec le neuroscientifique James Coan) suit 23 couples sur une vingtaine de séances : après la thérapie, le cerveau des femmes réagit moins à la menace d’un choc électrique quand elles tiennent la main de leur partenaire. Le lien est devenu régulateur.
- Le suivi à deux ans (Wiebe et coll., 2017) montre que les gains de satisfaction se maintiennent longtemps après la fin des séances, et l’attachement au partenaire devient plus sécure au fil des séances (Burgess Moser et coll., 2016, 32 couples).
- La méta-analyse de 2024 (Spengler et coll.), la plus complète à ce jour, trouve des effets moyens à grands, durables jusqu’à deux ans, et aussi nets chez les couples très en détresse au départ.
Ce que ces travaux montrent vraiment : une thérapie structurée, centrée sur les émotions d’attachement, aide une majorité de couples à sortir de la détresse, et les changements tiennent. Ce qu’ils ne montrent pas : qu’elle marche pour tout le monde, ni qu’elle soit supérieure à toute autre approche.
Les limites et les critiques
Première limite, la proximité entre chercheurs et méthode. Une grande part des études a été menée par Sue Johnson, ses élèves ou des thérapeutes formés par l’ICEEFT. Ce n’est pas de la fraude, c’est un biais connu : les équipes qui croient en une approche trouvent plus souvent qu’elle marche. Les essais indépendants restent moins nombreux.
Deuxième limite, la taille des échantillons. La méta-analyse de 1999 repose sur quatre études ; l’étude en IRM sur 23 couples ; le suivi à deux ans sur une trentaine. Les participants sont surtout des couples hétérosexuels nord-américains, plutôt aisés, volontaires. D’autres approches, comme les thérapies comportementales de couple, obtiennent aussi de bons résultats, et la supériorité de l’EFT n’est pas établie de façon robuste.
Enfin, l’EFT n’est pas faite pour toutes les situations. Sue Johnson elle-même l’excluait en cas de violence en cours, et elle demande que les deux partenaires veuillent encore le lien. Sa lecture par l’attachement peut aussi, mal comprise, faire passer tout besoin d’autonomie pour de l’évitement. Le modèle décrit très bien la détresse ; il ne dit pas tout du bonheur.
Comment MyLoveLab s’en sert
Sue Johnson est la colonne vertébrale de la dimension Attachement et sécurité du test et du programme : le cycle négatif, la protestation qui cache une peur, les trois questions A.R.E. et la base de sécurité y sont travaillés niveau par niveau. On la retrouve dans la dimension Communication et écoute, pour apprendre à dire l’émotion primaire sous le reproche, et dans la dimension Intimité et désir, parce qu’un désir qui baisse cache souvent un lien qui ne rassure plus.
On ne prétend pas remplacer une thérapie EFT. Le programme reprend ce qui se transmet par écrit et à deux : repérer la danse, la nommer, ralentir, demander autrement. Pour le reste, on dit où trouver un thérapeute.
Tu veux savoir si votre lien rassure encore, et comment vous réagissez chacun quand il vacille ? Le test MyLoveLab mesure la dimension Attachement avec six autres, en 15 minutes.
Mesurer ma dimension AttachementÀ lire
- Hold Me Tight: Seven Conversations for a Lifetime of Love (en français : Serre-moi fort ! Sept conversations pour une vie entière d’amour)Le livre à lire en premier, écrit pour les couples : les sept conversations.
- Love Sense: The Revolutionary New Science of Romantic RelationshipsLa science derrière l’EFT, expliquée au grand public : attachement adulte, cerveau, sexualité.
- The Practice of Emotionally Focused Couple Therapy: Creating ConnectionLe manuel de référence des thérapeutes, réédité plusieurs fois depuis.
- Attachment Theory in Practice: Emotionally Focused Therapy (EFT) with Individuals, Couples, and FamiliesSa synthèse tardive : l’attachement comme cadre de toute thérapie.
Questions fréquentes
C’est quoi la thérapie centrée sur les émotions (EFT) ?
Une thérapie de couple brève, créée par Sue Johnson et Les Greenberg dans les années 1980, fondée sur la théorie de l’attachement. Elle avance en trois étapes : désamorcer le cycle négatif, restructurer le lien en aidant chacun à exprimer ses peurs et ses besoins, puis consolider. Elle vise la sécurité émotionnelle plutôt que les techniques de communication.
L’EFT, ça marche vraiment ?
C’est l’une des approches de couple les mieux évaluées. La méta-analyse de 2024 trouve des effets moyens à grands, maintenus jusqu’à deux ans, y compris chez les couples très en détresse. Réserves honnêtes : beaucoup d’études viennent de l’équipe fondatrice, les échantillons sont petits, et l’EFT ne convient pas en cas de violence en cours.
Sue Johnson et John Gottman, quelle différence ?
Gottman part de l’observation : il filme des couples et décrit ce que font ceux qui durent. Sue Johnson part de l’attachement : elle explique pourquoi on s’attaque ou on se ferme, et soigne le lien en dessous. Les deux se complètent, et le programme MyLoveLab les utilise ensemble : les gestes de Gottman, la lecture émotionnelle de Johnson.
Faut-il lire Serre-moi fort à deux ?
C’est fait pour. Le livre est écrit pour les couples, pas pour les thérapeutes, avec sept conversations à mener chez soi. Le lire seul aide déjà à comprendre ta propre danse. Le lire à deux permet de la nommer ensemble. Si les conversations dégénèrent à chaque fois, c’est le signe qu’un thérapeute EFT serait utile.
Références
- Johnson, S. M. & Greenberg, L. S. (1985). Differential effects of experiential and problem-solving interventions in resolving marital conflict. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 53(2), 175-184.
- Johnson, S. M., Hunsley, J., Greenberg, L. & Schindler, D. (1999). Emotionally focused couples therapy: Status and challenges. Clinical Psychology: Science and Practice, 6(1), 67-79.
- Johnson, S. M. (2008). Hold Me Tight: Seven Conversations for a Lifetime of Love. Little, Brown.
- Johnson, S. M., Burgess Moser, M., Beckes, L., Smith, A., Dalgleish, T., Halchuk, R., Hasselmo, K., Greenman, P. S., Merali, Z. & Coan, J. A. (2013). Soothing the threatened brain: Leveraging contact comfort with emotionally focused therapy. PLOS ONE, 8(11), e79314.
- Burgess Moser, M., Johnson, S. M., Dalgleish, T. L., Lafontaine, M.-F., Wiebe, S. A. & Tasca, G. A. (2016). Changes in relationship-specific attachment in emotionally focused couple therapy. Journal of Marital and Family Therapy, 42(2), 231-245.
- Wiebe, S. A. & Johnson, S. M. (2016). A review of the research in emotionally focused therapy for couples. Family Process, 55(3), 390-407.
- Wiebe, S. A., Johnson, S. M., Burgess Moser, M., Dalgleish, T. L., Lafontaine, M.-F. & Tasca, G. A. (2017). Two-year follow-up outcomes in emotionally focused couple therapy: An investigation of relationship satisfaction and attachment trajectories. Journal of Marital and Family Therapy, 43(2), 227-244.
- Spengler, P. M., Lee, N. A., Wiebe, S. A. & Wittenborn, A. K. (2024). A comprehensive meta-analysis on the efficacy of emotionally focused couple therapy. Couple and Family Psychology: Research and Practice, 13(2), 81-99.