Qui est David Schnarch ?
David Schnarch est né en 1946 dans le Bronx, à New York, et mort en 2020 à Evergreen, dans le Colorado. Après des études à l’Université de New York, il obtient un doctorat de psychologie clinique à la Michigan State University en 1976. Il enseigne ensuite dix-sept ans à la faculté de médecine de l’Université d’État de Louisiane, à La Nouvelle-Orléans, dans les départements de psychiatrie et d’urologie : un pied dans la thérapie de couple, un pied dans la médecine sexuelle, ce qui restera sa marque.
En 1995, il s’installe au Colorado et fonde avec sa femme, la psychologue Ruth Morehouse, le Marriage and Family Health Center. Il y développe et enseigne son approche, la « Crucible Therapy », qu’il a d’abord exposée dans un manuel de plus de six cents pages, « Constructing the Sexual Crucible » (1991), avant de l’ouvrir au grand public avec « Passionate Marriage » (1997), « Resurrecting Sex » (2002) et « Intimacy & Desire » (2009). Il obtient en 2012 la certification américaine en psychologie du couple et de la famille, rare dans la profession.
Pourquoi il compte pour ton couple : Schnarch a été l’un des premiers à dire que le désir n’est pas un problème de technique ni de fréquence, mais une question de qui l’on est face à l’autre. Il a aussi refusé de traiter la baisse de désir comme une maladie : pour lui, c’est un passage normal, et même utile, de la vie d’un couple. Ses livres n’ont pas été traduits en français, à notre connaissance.
L’idée centrale
Le mot clé est la différenciation, emprunté au psychiatre Murray Bowen (1913-1990), fondateur de la thérapie familiale systémique : la capacité à garder son identité et son calme intérieur tout en restant proche des gens qu’on aime. Peu différencié, on oscille entre deux réflexes : se fondre dans l’autre (dire oui à tout, ne plus savoir ce qu’on veut) ou s’en couper (se fermer, prendre ses distances) pour retrouver un peu de soi. Bien différencié, on peut être à la fois soi-même et connecté.
Schnarch transpose ça au couple et à l’intimité. Sa thèse : le désir baisse quand les deux personnes ont cessé d’être deux. On ne désire pas quelqu’un qui n’a plus de préférences, plus de jardin, plus de « je ». Et le couple est justement l’endroit qui pousse à grandir, parce qu’il rend la fusion confortable et la vérité risquée. D’où son image du creuset : le couple comme lieu où l’on est chauffé jusqu’à devoir devenir quelqu’un.
Les concepts clés
La différenciation, d’après Bowen
Chez Bowen, la différenciation se lit dans la famille d’origine : plus on est capable de penser par soi-même sous la pression émotionnelle des siens, plus on est différencié. Schnarch la déplace dans le couple adulte et lui donne un contenu concret : pouvoir dire ce que tu penses vraiment à la personne dont l’avis compte le plus pour toi, sans exploser, sans te taire, sans avoir besoin qu’elle approuve. Ce n’est ni l’indépendance ni la froideur : c’est être soi en présence de l’autre.
Le creuset et l’impasse
Tout couple arrive un jour à une impasse : un désaccord sur lequel aucune négociation ne marche plus, souvent autour du désir, de l’argent ou des enfants. Pour Schnarch, cette impasse n’est pas une panne, c’est le moteur. Elle oblige chacun à se calmer seul, à décider ce qu’il veut vraiment et à le dire. Il observe aussi que celui des deux qui désire le moins tient le rythme, sans que ce soit la faute de personne, et que la sortie passe rarement par la pression de l’autre : elle passe par la croissance des deux.
L’intimité validée par soi
Schnarch distingue deux intimités. Celle validée par l’autre : je me montre à condition que tu approuves, et si tu n’approuves pas, je me retire ou je t’en veux. Celle validée par soi : je me montre parce que c’est vrai, et je tiens debout même si tu n’es pas d’accord. La deuxième est plus rare et plus risquée, mais c’est la seule qui nourrit le désir dans la durée, parce qu’elle suppose deux personnes entières qui se choisissent.
Les quatre points d’équilibre
Dans « Intimacy & Desire », il résume la différenciation en quatre capacités : un soi solide et souple (savoir qui l’on est sans être rigide), un esprit calme et un cœur tranquille (se calmer soi-même au lieu d’exiger que l’autre le fasse), des réponses ancrées (répondre plutôt que réagir quand ça chauffe), et une endurance qui a du sens (tenir l’inconfort pour ce qui compte). On les travaille toute la vie, et ce sont autant des compétences de conflit que des compétences d’intimité.
Ce que dit la recherche
Il faut séparer deux choses. La méthode de Schnarch, la Crucible Therapy, est une approche clinique : à notre connaissance, elle n’a pas fait l’objet d’essais contrôlés comparant ses résultats à ceux d’autres thérapies. En revanche, le concept qu’elle utilise, la différenciation, se mesure depuis les années 1990 et a été étudié en lien avec le couple et le désir.
- Skowron et Friedlander (1998) ont construit l’Inventaire de différenciation de soi (43 questions, quatre facettes : réactivité émotionnelle, coupure, fusion, position « je »). C’est l’outil de la plupart des études suivantes.
- Skowron (2000) montre que la différenciation est liée à l’ajustement conjugal : les personnes plus différenciées décrivent un mariage plus satisfaisant.
- Timm et Keiley (2011), auprès de 205 adultes mariés du Midwest américain, trouvent que la différenciation agit sur la satisfaction sexuelle et conjugale surtout indirectement, par la communication sexuelle : mieux on se tient, mieux on parle d’intimité, et mieux ça va.
- Ferreira et ses collègues (2014), au Portugal, montrent que différenciation, désir et intimité prédisent ensemble la satisfaction du couple, le désir passant par les gestes d’intimité (affection, confidences).
- Ferreira et ses collègues (2016), dans une étude sur des couples, trouvent que les partenaires de niveau de différenciation proche rapportent plus de désir. La ressemblance compte autant que le niveau.
Ce que ces travaux montrent : la différenciation est associée à une meilleure relation et, plus modestement, à plus de désir. Ce qu’ils ne montrent pas : qu’augmenter sa différenciation cause une hausse du désir. Ce sont des corrélations, mesurées à un instant, sur des échantillons occidentaux, par auto-questionnaires.
Les limites et les critiques
La première limite est la même que pour Esther Perel : Schnarch est un clinicien qui écrit à partir de cas choisis, avec un ton volontiers provocateur. Ses exercices sont décrits avec des vignettes de consultation, pas comparés à un groupe témoin. Ses livres sont convaincants ; ce n’est pas la même chose qu’être prouvés.
La deuxième limite tient à sa lecture du désir bas comme « problème de croissance ». C’est libérateur pour beaucoup, parce que ça sort de la maladie et du reproche. Mais ça peut aussi culpabiliser la personne dont l’envie s’est tue pour des raisons qui n’ont rien à voir avec sa maturité : une douleur, une dépression, un traitement, un bouleversement hormonal, une charge mentale écrasante. Une baisse de désir durable, surtout avec douleur, relève d’abord d’un médecin, pas d’un travail sur soi.
La troisième limite est double. Côté science, l’inventaire de différenciation a lui-même été critiqué et révisé, et les études restent corrélationnelles. Côté pratique, la Crucible Therapy et les quatre points d’équilibre sont des marques déposées, enseignées dans un cadre commercial, ce qui n’invalide rien mais invite à la même prudence qu’avec n’importe quelle méthode propriétaire. Enfin, Schnarch met l’accent sur l’autonomie là où d’autres, comme Sue Johnson, mettent l’accent sur la sécurité du lien ; MyLoveLab pense qu’il faut les deux : la sécurité est le sol, la différenciation est la posture qu’on tient dessus.
Comment MyLoveLab s’en sert
Dans la dimension Intimité et désir, le niveau 6 (« Rester toi sous son regard ») vient de lui : ni te fondre ni te couper, le regard emprunté, dire une vérité qui tient debout, la franchise qui se finance, deux personnes entières qui se choisissent. Le test ne mesure pas la différenciation à la manière d’un inventaire clinique, mais il regarde ce qu’elle produit au quotidien : est-ce que chacun peut dire ses préférences, est-ce qu’un désaccord fait du froid, est-ce que le « nous » a avalé les « je ». Le programme garde ses garde-fous : rien ne se force, et une vérité qui tient debout n’est jamais une arme.
Le test MyLoveLab mesure la dimension Intimité avec six autres, en 15 minutes. Aucune question explicite : il regarde si chacun peut rester lui-même sous le regard de l’autre.
Mesurer ma dimension IntimitéÀ lire
- Constructing the Sexual Crucible: An Integration of Sexual and Marital TherapyLe manuel pour professionnels, plus de six cents pages : la théorie complète, avec ses centaines de références.
- Passionate Marriage: Keeping Love and Intimacy Alive in Committed RelationshipsLe livre grand public : la différenciation, le creuset, l’étreinte jusqu’au calme. Dense, parfois provocateur, à lire à deux.
- Resurrecting Sex: Solving Sexual Problems and Revolutionizing Your RelationshipPlus pratique, sur les difficultés sexuelles courantes, toujours à travers la relation plutôt que la technique.
- Intimacy & Desire: Awaken the Passion in Your RelationshipLes quatre points d’équilibre et la baisse de désir comme passage normal du couple. Le plus accessible de ses livres.
- Brain Talk: How Mind Mapping Brain Science Can Change Your Life & Everyone In ItSon dernier livre, sur la lecture de l’esprit de l’autre ; plus spéculatif que les précédents.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la différenciation dans un couple ?
La capacité à rester soi-même tout en restant proche : dire ce que tu penses vraiment à la personne dont l’avis compte le plus pour toi, sans exploser, sans te taire et sans avoir besoin qu’elle approuve. Le concept vient du psychiatre Murray Bowen ; David Schnarch l’a appliqué au couple et à l’intimité dans « Passionate Marriage » (1997).
Pourquoi le désir baisse-t-il, selon Schnarch ?
Parce que les deux personnes ont cessé d’être deux. Quand on se fond dans l’autre (plus de préférences, plus de « je ») ou qu’on s’en coupe pour se protéger, il n’y a plus personne à désirer : on ne désire pas un écho. Pour lui, cette baisse est un passage normal du couple, qui pousse chacun à grandir. Une baisse durable avec douleur, elle, relève d’un médecin.
L’approche de Schnarch est-elle validée scientifiquement ?
En partie. La différenciation est mesurable et plusieurs études la relient à la satisfaction du couple et, plus modestement, au désir (Skowron 2000 ; Timm et Keiley 2011 ; Ferreira et collègues 2014, 2016). Mais ce sont des corrélations, et sa méthode, la Crucible Therapy, n’a pas fait l’objet d’essais contrôlés à notre connaissance. C’est une approche clinique, pas une thérapie validée au sens strict.
Les livres de David Schnarch existent-ils en français ?
Pas à notre connaissance : « Passionate Marriage » (1997) et « Intimacy & Desire » (2009) sont disponibles en anglais et dans quelques autres langues, mais aucune traduction française n’est référencée chez les libraires. Le niveau « Rester toi sous son regard » du programme MyLoveLab en reprend les idées essentielles en français.
Références
- Schnarch, D. M. (1991). Constructing the Sexual Crucible: An Integration of Sexual and Marital Therapy. Norton.
- Schnarch, D. (1997). Passionate Marriage: Keeping Love and Intimacy Alive in Committed Relationships. Norton.
- Bowen, M. (1978). Family Therapy in Clinical Practice. Jason Aronson.
- Skowron, E. A. & Friedlander, M. L. (1998). The Differentiation of Self Inventory: Development and initial validation. Journal of Counseling Psychology, 45(3), 235-246.
- Skowron, E. A. (2000). The role of differentiation of self in marital adjustment. Journal of Counseling Psychology, 47, 229-237.
- Timm, T. M. & Keiley, M. K. (2011). The effects of differentiation of self, adult attachment, and sexual communication on sexual and marital satisfaction: A path analysis. Journal of Sex & Marital Therapy, 37(3), 206-223.
- Ferreira, L. C., Narciso, I., Novo, R. F. & Pereira, C. R. (2014). Predicting couple satisfaction: The role of differentiation of self, sexual desire and intimacy in heterosexual individuals. Sexual and Relationship Therapy, 29(4), 390-404.
- Ferreira, L. C., Narciso, I., Novo, R. F. & Pereira, C. R. (2016). Partners’ similarity in differentiation of self is associated with higher sexual desire: A quantitative dyadic study. Journal of Sex & Marital Therapy, 42, 635-647.