Qu’est-ce que l’échelle ECR-R ?
ECR-R veut dire « Experiences in Close Relationships, Revised » : expériences dans les relations proches, version révisée. C’est un questionnaire de 36 affirmations sur ta manière de vivre les relations amoureuses, que tu notes de 1 (pas du tout d’accord) à 7 (tout à fait d’accord). Dix-huit affirmations mesurent l’anxiété d’abandon, dix-huit l’évitement de l’intimité. Il a été publié en 2000 par Chris Fraley, Niels Waller et Kelly Brennan dans le Journal of Personality and Social Psychology. Il est libre de droits, ce qui explique en partie qu’il soit devenu le questionnaire d’attachement adulte le plus utilisé au monde.
Son histoire commence deux ans plus tôt. En 1998, Kelly Brennan, Catherine Clark et Phillip Shaver rassemblent toutes les échelles d’attachement adulte existantes en anglais : 323 affirmations issues de 60 sous-échelles, qu’ils font passer à 1 086 étudiants. L’analyse statistique montre que tout ce fouillis se ramène à deux facteurs presque indépendants : l’anxiété et l’évitement. Ils en tirent l’ECR, 36 affirmations. En 2000, Fraley, Waller et Brennan reprennent la même banque d’affirmations avec une méthode plus fine, la théorie de la réponse à l’item, pour choisir celles qui mesurent le mieux à chaque niveau. C’est l’ECR-R.
Pourquoi une échelle mérite-t-elle une page sur un site pour couples ? Parce qu’elle a changé la façon de penser l’attachement. Avant, on te rangeait dans une case. Depuis, on te situe sur une carte. Et cette différence change ce que tu peux faire de ton résultat : une case se subit, une position se déplace.
L’idée centrale
L’attachement adulte n’est pas fait de trois ou quatre types, mais de deux dimensions continues. Chacun de nous a un niveau d’anxiété d’abandon, de très bas à très haut, et un niveau d’évitement de l’intimité, de très bas à très haut. Les quatre styles (sécure, anxieux, évitant, désorganisé) sont les quatre coins de cette carte, et la plupart des gens se trouvent quelque part entre les coins. La question n’est plus « suis-je anxieux ou évitant ? » mais « à quelle hauteur sur chaque axe, en ce moment, dans cette relation ? ».
Les concepts clés
L’axe de l’anxiété d’abandon
Cet axe mesure à quel point l’idée que l’autre ne soit pas là t’alarme. Les affirmations de cette moitié du questionnaire parlent de la peur d’être abandonné, de l’inquiétude de ne pas compter autant pour l’autre qu’il compte pour toi, du besoin d’être rassuré, de la colère quand l’autre n’est pas aussi disponible qu’on le voudrait. Un score élevé décrit un système qui monte le volume dès que le lien semble incertain. Un score bas décrit un système qui fait confiance à la réponse et ne s’alarme pas à chaque silence.
L’axe de l’évitement de l’intimité
Cet axe mesure à quel point la grande proximité te met mal à l’aise. Les affirmations parlent de la difficulté à s’ouvrir, de la préférence pour ne dépendre de personne, de la gêne quand l’autre veut être très proche, du réflexe de se replier quand ça devient intime. Un score élevé décrit un système qui coupe le signal pour se protéger. Un score bas décrit quelqu’un pour qui la proximité et la dépendance mutuelle sont confortables. Attention au piège : un évitement élevé n’est pas du calme, c’est une alarme gérée par la distance.
Des deux axes aux quatre styles
Le modèle en quatre catégories vient de Kim Bartholomew et Leonard Horowitz, en 1991 : il croise l’image de soi (positive ou négative) avec l’image des autres. Brennan, Clark et Shaver ont montré que ces quatre catégories se retrouvent sur les deux axes. Anxiété basse et évitement bas : sécure. Anxiété haute et évitement bas : anxieux, aussi appelé préoccupé. Anxiété basse et évitement haut : évitant, aussi appelé détaché. Anxiété haute et évitement haut : désorganisé, aussi appelé craintif. Mais la frontière entre les régions est une convention, pas une réalité biologique : quelqu’un au milieu de la carte est proche de deux styles à la fois.
La théorie de la réponse à l’item
C’est le « R » de l’ECR-R. Au lieu de compter combien d’affirmations se ressemblent, cette méthode regarde à quel niveau du trait chaque affirmation est informative. L’analyse de 2000 a révélé un défaut des échelles existantes : elles mesuraient bien les personnes très anxieuses ou très évitantes, mais mal les personnes sécures, faute d’affirmations discriminantes au bas de l’échelle. Fraley, Waller et Brennan ont donc choisi des affirmations réparties sur tout le continuum. Fraley reconnaît toutefois que la précision reste un peu moindre du côté sécure, et qu’en pratique l’ECR et l’ECR-R donnent des résultats presque identiques.
Ce que dit la recherche
Une échelle se juge sur des critères précis : mesure-t-elle la même chose d’un jour à l’autre, ses deux moitiés tiennent-elles ensemble, prédit-elle ce qu’elle devrait prédire ? Sur ces points, l’ECR-R est l’un des outils les mieux documentés de la psychologie des relations.
- Cohérence interne. Les deux sous-échelles atteignent le plus souvent une fiabilité de 0,90 ou plus, ce qui est très élevé pour un questionnaire de 18 affirmations.
- Stabilité. En 2005, une équipe néo-zélandaise a fait repasser l’ECR-R à trois semaines d’écart : les scores partagent 85 % de leur variance, autrement dit l’échelle mesure quelque chose de stable, pas une humeur du jour.
- Versions françaises. Une version française de l’ECR a été validée au Québec en 2003, et une version française de l’ECR-R l’a été en Suisse en 2016 auprès de 600 adultes de 25 à 45 ans : la structure en deux facteurs se confirme, et les scores sont liés à la satisfaction conjugale, à la satisfaction sexuelle et à l’estime de soi.
- Attachement par relation. En 2011, Fraley et ses collègues ont dérivé une version courte, l’ECR-RS, à passer séparément pour la mère, le père, le ou la partenaire et un ami proche. Résultat : on peut être sécure dans une relation et anxieux dans une autre. L’attachement est en partie spécifique à la relation.
- Pas de catégories naturelles. Les analyses de Fraley et Waller en 1998 n’ont trouvé aucune rupture dans la distribution des scores. Les gens ne se répartissent pas en groupes séparés : ils s’étalent sur un continuum. C’est la meilleure raison de parler de curseurs plutôt que de cases.
Les limites et les critiques
L’ECR-R est un auto-questionnaire : il mesure ce que tu penses et dis de toi. Or les personnes évitantes ont tendance à minimiser leur détresse, et les personnes anxieuses à l’amplifier. C’est en partie pour ça que l’ECR-R et l’entretien d’attachement adulte (AAI), qui analyse la façon dont tu racontes ton enfance, ne se recoupent presque pas : une synthèse de 2007 trouve un lien allant de nul à faible entre les deux. Ils ne mesurent pas la même chose, et aucun des deux n’a le monopole de la vérité.
Un score ECR-R est une photographie. Il dépend de la relation en cours, de la période, de ce qui s’est passé la semaine dernière. Les seuils qui transforment deux scores en quatre styles sont des conventions : la recherche elle-même travaille avec les scores continus, pas avec les étiquettes. Les nombreux « tests d’attachement » en ligne qui reprennent les 36 affirmations et rendent un verdict en un mot vont donc plus loin que l’échelle ne le permet.
Enfin, l’échelle a été construite sur des étudiants américains. Ses traductions doivent être validées une par une, ce qui a été fait en français, mais les normes varient d’une population à l’autre : un score « élevé » dans un échantillon ne l’est pas forcément dans un autre. Et le côté sécure de l’échelle reste un peu moins précis, alors que c’est précisément la région où l’on aimerait mesurer les progrès.
Comment MyLoveLab s’en sert
Le test MyLoveLab reprend la logique de l’ECR-R sans être l’ECR-R. Il mesure ton style sur les mêmes deux axes, avec des questions sur des situations concrètes plutôt que sur des opinions générales, et rend les quatre styles comme des régions d’une carte, pas comme un diagnostic. Il est plus court, il fait partie d’un test qui couvre six autres dimensions de la relation, et il n’a pas vocation clinique. Le résultat entre dans la dimension Attachement et sécurité et dans ton portrait relationnel. Pour comprendre ce qu’un test de couple peut et ne peut pas dire, lis à quoi sert un test de couple et la page sur l’étude des 11 196 couples, qui montre que ce que tu perçois de la relation prédit mieux sa qualité que tes traits individuels, attachement compris.
Le test MyLoveLab te situe sur les deux axes de l’attachement adulte et te donne ton style comme une position, pas comme une case. Quinze minutes, sans inscription, résultats sur ton appareil.
Mesurer ma dimension AttachementÀ lire
- Self-report measurement of adult romantic attachment: An integrative overviewBrennan, Clark et Shaver : le chapitre qui ramène toutes les échelles existantes à deux axes et crée l’ECR.
- An item response theory analysis of self-report measures of adult attachmentFraley, Waller et Brennan : l’article qui donne naissance à l’ECR-R et explique pourquoi les anciennes échelles mesuraient mal le côté sécure.
- Experiences in Close Relationships, Revised (ECR-R) (en français : Version française validée par Favez et ses collègues en 2016 (Swiss Journal of Psychology))L’échelle elle-même : 36 affirmations, deux scores. Libre de droits.
- Attachment styles among young adults: A test of a four-category modelBartholomew et Horowitz : le modèle en quatre styles que les deux axes ont ensuite absorbé.
- The Experiences in Close Relationships-Relationship Structures questionnaireLa version courte par relation : on peut être sécure avec son ou sa partenaire et anxieux avec un parent.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le test ECR-R ?
C’est un questionnaire de 36 affirmations publié en 2000 par Fraley, Waller et Brennan, qui mesure l’attachement amoureux adulte sur deux axes : l’anxiété d’abandon (18 affirmations) et l’évitement de l’intimité (18 affirmations). C’est l’outil le plus utilisé de la recherche sur l’attachement adulte, et il est libre de droits.
Comment est calculé le score de l’ECR-R ?
On note chaque affirmation de 1 à 7, on inverse les affirmations formulées à l’envers, puis on fait la moyenne des 18 affirmations de chaque axe. On obtient deux scores entre 1 et 7. Il n’existe pas de seuil officiel pour passer des scores aux quatre styles : la recherche travaille avec les scores continus.
Le test MyLoveLab est-il l’ECR-R ?
Non. Le test MyLoveLab s’inspire de l’ECR-R : mêmes deux axes, même lecture des quatre styles comme des régions. Mais il est plus court, il pose des questions sur des situations concrètes de ta relation, et il fait partie d’un test qui mesure six autres dimensions du couple. Il n’a pas vocation clinique.
Un test d’attachement en ligne est-il fiable ?
Ça dépend de ce qu’il mesure et de ce qu’il promet. Un test construit sur les deux axes de la recherche mesure quelque chose de réel et de stable à court terme. Mais aucun questionnaire ne donne un diagnostic : le résultat est une photographie, qui dépend de la relation en cours et qui peut changer avec le temps.
Références
- Brennan, K. A., Clark, C. L. & Shaver, P. R. (1998). Self-report measurement of adult romantic attachment: An integrative overview. In J. A. Simpson & W. S. Rholes (dir.), Attachment Theory and Close Relationships (p. 46-76). Guilford.
- Fraley, R. C., Waller, N. G. & Brennan, K. A. (2000). An item response theory analysis of self-report measures of adult attachment. Journal of Personality and Social Psychology, 78(2), 350-365.
- Bartholomew, K. & Horowitz, L. M. (1991). Attachment styles among young adults: A test of a four-category model. Journal of Personality and Social Psychology, 61(2), 226-244.
- Fraley, R. C. & Waller, N. G. (1998). Adult attachment patterns: A test of the typological model. In J. A. Simpson & W. S. Rholes (dir.), Attachment Theory and Close Relationships (p. 77-114). Guilford.
- Sibley, C. G., Fischer, R. & Liu, J. H. (2005). Reliability and validity of the revised Experiences in Close Relationships (ECR-R) self-report measure of adult romantic attachment. Personality and Social Psychology Bulletin, 31(11), 1524-1536.
- Fraley, R. C., Heffernan, M. E., Vicary, A. M. & Brumbaugh, C. C. (2011). The Experiences in Close Relationships-Relationship Structures questionnaire: A method for assessing attachment orientations across relationships. Psychological Assessment, 23(3), 615-625.
- Favez, N., Tissot, H., Ghisletta, P., Golay, P. & Cairo Notari, S. (2016). Validation of the French version of the Experiences in Close Relationships-Revised (ECR-R) adult romantic attachment questionnaire. Swiss Journal of Psychology, 75(3), 113-121.
- Roisman, G. I., Holland, A., Fortuna, K., Fraley, R. C., Clausell, E. & Clarke, A. (2007). The Adult Attachment Interview and self-reports of attachment style: An empirical rapprochement. Journal of Personality and Social Psychology, 92(4), 678-697.