La recherche · Confiance et soutien

Arthur Aron : ce que les 36 questions montrent vraiment sur la proximité

Psychologue social américain, professeur à l’université Stony Brook (New York) · né en 1945

On lui doit « les 36 questions pour tomber amoureux », une expression qu’il n’a jamais employée. Ce qu’Arthur Aron a montré est plus utile que la légende : la proximité se fabrique, par des confidences progressives et réciproques, et elle s’entretient par la nouveauté partagée. Deux leviers qu’un couple installé peut actionner ce soir.

Les 36 questionsL’expansion de soiLe pont suspenduLa nouveauté partagée

Par Laurène · mis à jour le 27 septembre 2026 · 7 min de lecture

Qui est Arthur Aron ?

Arthur Aron est né le 2 juillet 1945. Docteur en psychologie sociale de l’université de Toronto en 1970, il est professeur de psychologie à l’université Stony Brook, dans l’État de New York. Il travaille depuis plus de cinquante ans avec sa femme, la psychologue Elaine Aron, sur une question que la psychologie a longtemps jugée trop floue pour être étudiée : comment deux personnes deviennent proches, et pourquoi cette proximité nous fait tant de bien.

Trois de ses travaux sont sortis du laboratoire. L’étude du pont suspendu (1974), qui a fait de l’excitation physiologique un ingrédient de l’attirance. Le modèle d’expansion de soi (1986), qui explique pourquoi l’amour donne l’impression de grandir. Et les 36 questions (1997), devenues virales en 2015 après un article du New York Times, au point qu’on les présente souvent comme « la recette pour tomber amoureux ».

Ce qui compte pour ton couple, c’est moins la recette que le mécanisme derrière : la proximité se fabrique, par des gestes précis, réciproques et progressifs, et elle s’entretient par la nouveauté partagée. C’est ce qu’il a montré, avec des méthodes expérimentales, à une époque où l’on croyait l’amour hors de portée de l’expérience.

L’idée centrale

Pour Arthur Aron, nous avons un désir fondamental d’expansion de soi : élargir ce que nous savons, ce que nous pouvons, les ressources et les points de vue dont nous disposons. Une relation proche est le moyen le plus rapide d’y parvenir : en aimant quelqu’un, on inclut l’autre dans le soi, ses expériences deviennent un peu les nôtres, son monde s’ajoute au nôtre. C’est l’ivresse du début, et elle a une explication : on grandit très vite.

Le revers est tout aussi éclairant. Une fois l’autre bien connu, l’expansion ralentit, et le couple installé s’ennuie. Non parce que l’amour a baissé, mais parce qu’il ne grandit plus. La solution ne consiste donc pas à retrouver le passé, mais à recommencer à s’élargir, ensemble.

Les concepts clés

L’expansion de soi

Le modèle, formulé avec Elaine Aron en 1986, dit deux choses. D’abord, nous sommes motivés à nous agrandir. Ensuite, la relation est une voie privilégiée : en devenant proche de quelqu’un, on gagne accès à ses ressources, ses perspectives, son identité. L’attirance initiale porte souvent sur quelqu’un qui promet beaucoup d’expansion, et qui semble accessible. La satisfaction à long terme dépend de la capacité du couple à continuer d’offrir de l’expansion à chacun.

L’inclusion de l’autre dans le soi

Avec Elaine Aron et Danny Smollan, il crée en 1992 une mesure d’une simplicité désarmante : sept paires de cercles, de côte à côte jusqu’à presque superposés, l’un marqué « moi », l’autre « l’autre ». Tu choisis la paire qui ressemble à votre relation. Cette échelle IOS (Inclusion of Other in the Self) prédit étonnamment bien la stabilité d’un couple, et elle est utilisée depuis dans des centaines d’études.

Le dévoilement progressif et réciproque

C’est le principe caché des 36 questions. La proximité naît quand deux personnes se révèlent tour à tour, par paliers, chacune un peu plus que la précédente : d’abord des goûts (« à qui aimerais-tu offrir un dîner ? »), puis des souvenirs, puis des peurs et des regrets. Trois séries de douze questions, en 45 minutes. La progression et la réciprocité comptent autant que le contenu : c’est un escalier, pas une liste.

La nouveauté et l’excitation partagées

Pour les couples installés, Aron a testé une hypothèse dérivée de l’expansion de soi : faire ensemble des activités nouvelles et stimulantes devrait raviver la relation. Pas « agréables » : nouvelles. Le lien avec le pont suspendu est direct : une excitation partagée, attribuée au couple, alimente l’attirance.

Ce que dit la recherche

Aron a une particularité rare chez les auteurs de cette section : presque toutes ses idées ont été testées en expérience contrôlée, avec une condition de comparaison.

  • Le pont suspendu (Dutton et Aron, 1974). À Vancouver, des hommes sont abordés par une enquêtrice, soit au milieu d’un pont suspendu vertigineux, soit sur un pont bas et stable. Ceux du pont suspendu écrivent des récits plus chargés sexuellement et rappellent plus souvent l’enquêtrice. Rien de tel avec un enquêteur homme. Interprétation : l’excitation due à la peur est réattribuée à l’attirance.
  • Les 36 questions (Aron et coll., 1997). Des étudiants qui ne se connaissent pas, mis en paires, suivent les trois séries de questions pendant 45 minutes. À la fin, ils se sentent nettement plus proches qu’une paire ayant fait la conversation. Fait notable : que les paires soient assorties sur leurs opinions, ou qu’on leur ait dit qu’elles se plairaient, ne change rien.
  • Les activités nouvelles (Aron et coll., 2000). Trois expériences : des couples font ensemble une tâche de sept minutes, soit nouvelle et physique, soit banale. La qualité de relation ressentie augmente davantage après la tâche nouvelle, et l’ennui explique une partie du lien observé dans les enquêtes.
  • Les extensions. Slatcher (2010) fait passer les 36 questions à 60 couples en « double rendez-vous » : les couples se sentent plus proches de l’autre couple, et plus proches de leur propre partenaire. Une équipe canadienne a montré en 2019 que les activités d’expansion de soi vont aussi avec plus de désir sexuel.

Ce que ça montre : on peut fabriquer de la proximité en une séance, et la nouveauté partagée fait du bien au couple installé. Ce que ça ne montre pas : que 36 questions fabriquent de l’amour, ni que l’effet dure sans entretien.

Les limites et les critiques

Le pont suspendu est l’étude la plus fragile. Dès 1977, des chercheurs ont objecté que les hommes savaient très bien d’où venait leur peur, et qu’une explication plus simple existe : la présence de l’enquêtrice soulage la peur, ce qui la rend agréable. En 1979, Kenrick, Cialdini et Linder publient quatre échecs de réplication de l’effet. L’idée qu’on « confond » excitation et attirance reste séduisante, mais elle est bien moins solide que sa célébrité.

Les 36 questions ont été mal comprises par leur succès. L’étude mesurait la proximité, pas l’amour ; ses participants étaient des étudiants, en laboratoire, une seule fois ; et les quatre minutes de regard dans les yeux n’en faisaient pas partie : elles viennent d’un autre courant de recherche, ajoutées par l’article de 2015. Le protocole crée une proximité comparable à celle d’une relation installée, pas un coup de foudre.

Enfin, le modèle d’expansion de soi est plus une grille de lecture qu’une théorie facile à réfuter : presque tout peut être lu comme de l’expansion. Les études d’imagerie qu’Aron a menées avec Helen Fisher portent sur une quinzaine de personnes chacune. Et la plupart des échantillons sont nord-américains, jeunes, hétérosexuels. Le mécanisme est robuste ; ses contours exacts restent à préciser.

Comment MyLoveLab s’en sert

Le principe des 36 questions, se révéler tour à tour et par paliers, nourrit la dimension Confiance et soutien : c’est ainsi qu’on reconstruit une intimité abîmée, ou qu’on rattrape des années de « ça va, et toi ». La nouveauté partagée et l’ennui du couple installé sont au cœur de la dimension Intimité et désir. Et l’idée d’un couple qui grandit ou s’étiole structure la dimension Projet commun : un projet à deux est la forme la plus durable d’expansion de soi.

On reprend ses protocoles à leur juste taille : des outils pour créer de la proximité, à répéter, pas des sortilèges.

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À lire

  • Love and the Expansion of Self: Understanding Attraction and Satisfaction · Livre, 1986Avec Elaine Aron : le livre fondateur du modèle d’expansion de soi.
  • Some evidence for heightened sexual attraction under conditions of high anxiety · Article, 1974Avec Donald Dutton : l’étude du pont suspendu, à lire avec ses critiques.
  • Inclusion of Other in the Self Scale and the structure of interpersonal closeness · Échelle, 1992Les sept paires de cercles : la mesure de proximité la plus simple qui existe.
  • The experimental generation of interpersonal closeness: A procedure and some preliminary findings · Article, 1997L’article des 36 questions, avec la liste complète en annexe.
  • Couples’ shared participation in novel and arousing activities and experienced relationship quality · Article, 2000La preuve expérimentale que la nouveauté partagée fait du bien au couple installé.

Questions fréquentes

Les 36 questions d’Arthur Aron, ça marche vraiment pour tomber amoureux ?

L’étude de 1997 montre qu’elles créent de la proximité en 45 minutes, nettement plus que la conversation ordinaire. Elle n’a pas mesuré l’amour, et Aron n’a jamais promis un coup de foudre. Elles marchent parce qu’elles sont progressives et réciproques ; en couple, elles servent à rouvrir des sujets qu’on ne s’offre plus.

C’est quoi l’expansion de soi ?

L’idée, formulée par Arthur et Elaine Aron en 1986, que nous cherchons à grandir (savoirs, ressources, points de vue) et qu’aimer quelqu’un est le moyen le plus rapide d’y arriver : on inclut l’autre dans le soi. L’ennui du couple installé vient de l’arrêt de cette croissance, d’où l’importance des activités nouvelles à deux.

L’étude du pont suspendu est-elle fiable ?

Elle est célèbre, mais fragile. Publiée en 1974, elle a été critiquée dès 1977 et quatre tentatives de réplication ont échoué en 1979. L’idée qu’une excitation partagée nourrit l’attirance reste plausible et se retrouve dans d’autres travaux, mais il faut la manier avec prudence.

Quelles activités nouvelles faire en couple ?

Aron insiste sur nouveau et stimulant, pas seulement agréable. Le test est simple : est-ce que vous savez déjà comment ça va se passer ? Si oui, ce n’est pas de l’expansion. Un cours pris ensemble, un trajet inconnu, un sport jamais essayé, une soirée avec un autre couple où l’on parle vraiment.

Références

  1. Dutton, D. G. & Aron, A. P. (1974). Some evidence for heightened sexual attraction under conditions of high anxiety. Journal of Personality and Social Psychology, 30(4), 510-517.
  2. Kenrick, D. T., Cialdini, R. B. & Linder, D. E. (1979). Misattribution under fear-producing circumstances: Four failures to replicate. Personality and Social Psychology Bulletin, 5(3), 329-334.
  3. Aron, A. & Aron, E. N. (1986). Love and the Expansion of Self: Understanding Attraction and Satisfaction. Hemisphere.
  4. Aron, A., Aron, E. N. & Smollan, D. (1992). Inclusion of Other in the Self Scale and the structure of interpersonal closeness. Journal of Personality and Social Psychology, 63(4), 596-612.
  5. Aron, A., Melinat, E., Aron, E. N., Vallone, R. D. & Bator, R. J. (1997). The experimental generation of interpersonal closeness: A procedure and some preliminary findings. Personality and Social Psychology Bulletin, 23(4), 363-377.
  6. Aron, A., Norman, C. C., Aron, E. N., McKenna, C. & Heyman, R. E. (2000). Couples’ shared participation in novel and arousing activities and experienced relationship quality. Journal of Personality and Social Psychology, 78(2), 273-284.
  7. Slatcher, R. B. (2010). When Harry and Sally met Dick and Jane: Creating closeness between couples. Personal Relationships, 17(2), 279-297.
  8. Muise, A., Harasymchuk, C., Day, L. C., Bacev-Giles, C., Gere, J. & Impett, E. A. (2019). Broadening your horizons: Self-expanding activities promote desire and satisfaction in established romantic relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 116(2), 237-258.

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