Mon couple va mal, que faire ? Par quoi commencer quand tout semble coincé

Quand un couple bat de l’aile, on cherche « que faire » à deux heures du matin, seul·e, sur son téléphone. Voici ce que la recherche permet de dire : comment distinguer une mauvaise passe d’un vrai décrochage, ce qui abîme réellement un couple, et les trois premiers pas, dans l’ordre, qu’on peut faire dès ce soir, même si l’autre n’est pas encore prêt·e.

Par Laurène · publié le 16 septembre 2026 · mis à jour le 23 septembre 2026 · 9 min de lecture

« Mon couple va mal » : mauvaise passe ou vrai décrochage ?

Tous les couples traversent des périodes où ça grince : une naissance, un déménagement, un boulot qui dévore, une maladie, ou simplement la fatigue. Ce n’est pas ça qui fait qu’un couple « ne fonctionne plus ». Ce qui change tout, c’est ce que le psychologue Robert Weiss a appelé en 1980 le « negative sentiment override », qu’on pourrait traduire par le filtre négatif : à partir d’un certain point, tout ce que fait l’autre est lu à travers ce filtre. Un « tu as pensé au pain ? » neutre devient un reproche. Un silence devient de l’indifférence. Un geste gentil devient suspect. Tant que ce filtre n’est pas posé, on est dans une mauvaise passe. Quand il est posé, on est dans autre chose.

Comment savoir si tu y es ? John Gottman décrit une cascade qu’il a observée chez les couples qui finissent par se séparer. Elle commence par des disputes qui débordent, où le corps décroche (cœur qui s’emballe, envie de fuir). Puis on se met à voir les problèmes comme graves et insolubles. Puis chacun décide, sans le dire, de les régler seul. Puis les vies deviennent parallèles : on vit ensemble, mais côte à côte. Et enfin arrive la solitude à deux, qui est souvent le moment où l’on tape « mon couple va mal » dans un moteur de recherche. Plus tu te reconnais loin dans cette cascade, plus c’est sérieux. Mais aucune de ces étapes n’est une fin.

Un autre indice, plus surprenant : la façon dont tu raconterais votre histoire. En 1992, Buehlman, Gottman et Katz ont demandé à des couples de raconter comment ils s’étaient rencontrés, leurs bons et mauvais moments. Les couples qui allaient rester ensemble racontaient avec de la tendresse pour l’autre, du « nous », et présentaient les épreuves comme quelque chose de traversé ensemble. Ceux qui allaient se séparer avaient réécrit le passé en négatif : « dès le début, ça n’allait pas ». Si, en ce moment, tu réécris l’histoire de votre couple en noir, c’est un signe que le filtre est posé. Ce n’est pas un verdict : c’est le premier endroit où travailler.

Ce qui abîme vraiment un couple (et ce qui ne l’abîme pas)

La première chose à savoir, parce qu’elle déculpabilise : se disputer ne détruit pas un couple. Gottman et Levenson ont montré que les couples stables ne se disputent pas moins que ceux qui se séparent. Et selon les observations de Gottman, environ deux tiers des désaccords d’un couple sont perpétuels : ils reviennent toute la vie, parce qu’ils viennent de différences de personnalité ou de besoins, pas d’un problème à résoudre. Les couples heureux ne les ont pas résolus. Ils ont appris à en parler sans se blesser.

La deuxième chose vient d’une étude récente et massive. En 2020, Samantha Joel et 85 chercheurs ont mis en commun 43 études, plus de 11 000 couples, et ont demandé à des algorithmes de trouver ce qui prédit le mieux la satisfaction dans un couple. Résultat : ce qui compte le plus n’est pas qui vous êtes, mais ce que vous faites ensemble. Les traits de personnalité de chacun prédisent peu. Ce qui prédit beaucoup, c’est le sentiment que l’autre est engagé, la gratitude exprimée, la satisfaction dans l’intimité, la façon de gérer les conflits, et la conviction que l’autre est heureux avec toi. Autrement dit : les leviers sont dans la relation, pas dans une incompatibilité de nature. C’est une très bonne nouvelle quand ça va mal, parce que ce qu’on fait, ça se change.

Ce qui abîme, alors ? Un petit nombre de comportements précis, que Gottman a appelés les quatre cavaliers : la critique qui attaque la personne, la défensive, le mépris, et le mur de silence. Le mépris, surtout : c’est le meilleur prédicteur de séparation que la recherche ait trouvé. Si, en ce moment, l’un de vous lève les yeux au ciel, ricane, corrige l’autre devant les gens ou parle de lui comme d’un enfant, c’est là que se joue l’urgence. On les décrit un par un, avec leurs antidotes, dans l’article sur les disputes qui reviennent tout le temps.

Trois choses à ne pas faire ce soir

  • « Il faut qu’on parle. » La grande conversation qui va tout régler. Carrère et Gottman ont montré en 1999 que l’issue d’une conversation difficile se joue dans ses trois premières minutes, et qu’elle finit presque toujours sur la note où elle commence. Une conversation qui part de « il faut qu’on parle », avec des semaines de stock, part mal.
  • L’ultimatum. « Si ça ne change pas, je m’en vais. » Il a l’air de mettre du sérieux. Il met surtout de la peur, et la peur fait fuir ou fait mentir, elle ne fait pas changer. Si tu en es à l’ultimatum, ce que tu as vraiment à dire, c’est que tu as peur que ce couple finisse. Dis ça.
  • Le procès du passé. Ressortir la liste. Chaque fait de la liste est peut-être vrai. Mais une liste n’a jamais fait revenir personne, et elle place l’autre en accusé, donc en défense, donc à l’opposé de ce que tu cherches.

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Par quoi commencer : trois pas, dans l’ordre

1. Nommer le problème sans nommer un coupable

Le premier pas n’est pas de convaincre l’autre, c’est de savoir ce que tu veux dire. Pas « tu ne fais plus d’efforts », qui est un jugement sur la personne, mais un fait, un ressenti, un besoin : « Ces dernières semaines, on ne s’est presque pas parlé en dehors de l’organisation. Je me sens seul·e. J’ai besoin qu’on retrouve des moments à nous. » Cette structure, que Marshall Rosenberg a formalisée, a un effet mécanique : elle ne contient rien à contester, donc rien contre quoi se défendre. Écris-la avant de la dire. Si elle contient « toujours », « jamais » ou « tu es », recommence.

2. Remettre du positif avant de traiter le négatif

C’est contre-intuitif quand on a une liste de griefs, mais c’est ce que montre le laboratoire de Gottman : les couples qui tiennent maintiennent, même pendant les conflits, environ cinq interactions positives pour une négative. Quand le compte est à un pour un, chaque remarque pèse le poids d’une accusation. On ne rétablit pas ce ratio par une grande déclaration, mais par ce que Gottman appelle les « bids », les petites demandes d’attention du quotidien : un « regarde ça », un soupir, une main sur l’épaule. Dans son étude sur les jeunes mariés, les couples encore ensemble six ans plus tard répondaient à ces demandes près de neuf fois sur dix ; ceux qui avaient divorcé, une fois sur trois. Ce soir, ne cherche pas à régler le fond. Cherche à répondre à trois de ces demandes. Et à en faire une.

3. Une conversation courte, cadrée, régulière

Une fois qu’il y a un peu de positif dans la balance, on peut ouvrir le fond. Pas en une fois : en une conversation courte, avec un cadre, qui revient chaque semaine. Vingt minutes, pas plus. Un seul sujet. Chacun parle sans être interrompu, et l’autre reformule avant de répondre. Ça a l’air artificiel, ça l’est un peu, et c’est justement ce qui permet de parler des sujets qui, sans cadre, explosent en trois minutes. Les thérapeutes de couple utilisent cette structure depuis longtemps parce qu’elle marche mieux que la spontanéité quand la spontanéité a échoué.

Et si l’autre ne veut rien faire ?

C’est la situation la plus fréquente : l’un des deux cherche des solutions à deux heures du matin, l’autre dit que « ça va » ou que « tu te fais des films ». Les thérapeutes systémiques le disent depuis longtemps : un couple, c’est une danse, et quand l’un des deux change sa partition, la danse change, même si l’autre n’a rien décidé. Ne plus critiquer, répondre aux petites demandes, poser un cadre calme : ça modifie la relation, et souvent l’autre finit par bouger, non pas parce qu’on l’a convaincu, mais parce que l’ambiance a changé.

Deux limites, à dire honnêtement. Un seul des deux peut relancer la danse ; un seul ne peut pas la porter pour toujours. Si, après des semaines d’efforts visibles, l’autre ne fait aucun pas, cette absence de pas est une information à entendre, pas un défaut de ta méthode. Et si l’autre refuse toute conversation depuis longtemps tout en gardant le contrôle sur tes sorties, ton argent ou tes relations, ce n’est plus un problème de couple qui bat de l’aile : lis la page sur la relation toxique, elle est faite pour ça.

Quand il faut de l’aide, et vite

Certains signaux disent qu’il est temps de ne plus faire ça seuls : la même dispute depuis des mois sans aucune réparation, l’un des deux qui pense sérieusement à partir, une infidélité récente, une dépression chez l’un, un premier enfant qui a tout bousculé, ou le mépris installé au quotidien. Un thérapeute de couple ou un conseiller conjugal n’est pas un aveu d’échec ; les couples qui consultent tôt s’en sortent mieux que ceux qui attendent que tout soit cassé. Et un rappel qui ne se négocie pas : si tu as peur de ton ou ta partenaire, s’il y a eu des coups, des menaces, un contrôle constant, ce n’est pas un conflit, et aucun exercice de cet article ne s’applique. Le 3919 est gratuit et anonyme ; le 17 en cas de danger.

Questions fréquentes

Mon couple bat de l’aile depuis des mois, c’est fichu ?

Non. La durée du malaise pèse moins que ce qui s’est installé pendant : le mépris, le silence, la réécriture du passé en noir. Des couples sortent de plusieurs années de vies parallèles quand les deux se remettent à répondre aux petites demandes de l’autre et à parler avec un cadre. Ce qui compte, c’est qu’il reste de la considération, et que les deux finissent par bouger.

Faut-il faire une pause ?

Aucune étude sérieuse ne montre qu’une pause sauve les couples, et beaucoup de pauses sans cadre sont des séparations progressives qui n’osent pas dire leur nom. Si vous en faites une, donnez-lui une durée, des règles claires sur ce qui est permis ou non pendant, et un rendez-vous fixé à l’avance pour en parler. Sinon, elle décide à votre place.

Je ne ressens plus rien, est-ce que ça veut dire que c’est fini ?

Pas forcément. L’engourdissement est une réaction fréquente après de longs mois de tension : le corps coupe le son pour se protéger. Chez beaucoup de gens, les sentiments reviennent quand la sécurité revient, pas avant. Ce n’est donc pas un bon instrument pour décider. Si la question de rester ou partir se pose vraiment, on l’aborde à part, dans l’article prévu pour ça.

Références

  1. Weiss, R. L. (1980). Strategic behavioral marital therapy: Toward a model for assessment and intervention. Advances in Family Intervention, Assessment and Theory, 1, 229-271.
  2. Buehlman, K. T., Gottman, J. M., & Katz, L. F. (1992). How a couple views their past predicts their future: Predicting divorce from an oral history interview. Journal of Family Psychology, 5(3-4), 295-318.
  3. Gottman, J. M., & Levenson, R. W. (1992). Marital processes predictive of later dissolution: Behavior, physiology, and health. Journal of Personality and Social Psychology, 63(2), 221-233.
  4. Carrère, S., & Gottman, J. M. (1999). Predicting divorce among newlyweds from the first three minutes of a marital conflict discussion. Family Process, 38(3), 293-301.
  5. Joel, S., et al. (2020). Machine learning uncovers the most robust self-report predictors of relationship quality across 43 longitudinal couples studies. PNAS, 117(32), 19061-19071.
  6. Gottman, J. M., & Silver, N. (1999). The Seven Principles for Making Marriage Work. Crown. (Édition française : Les couples heureux ont leurs secrets, JC Lattès.)
  7. Rosenberg, M. B. (1999). Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs). La Découverte.

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